« J’ai toujours apprécié le défi que représente la maîtrise du droit international, qui requiert une vision globale des systèmes juridiques qui nous entourent ».
Emily BUFFARD
Dans le cadre de son développement, LOZEN AVOCATS accueille une nouvelle stagiaire, Emily BUFFARD, dont le parcours s’inscrit déjà dans une dynamique résolument tournée vers l’international.
Sensible aux enjeux humains et juridiques des familles transnationales, elle a choisi d’explorer le droit international de la famille tout en s’intéressant de près aux problématiques de mobilité et d’immigration professionnelle.
À travers cet entretien, Emily revient sur son parcours, ses motivations et son expérience en cabinet, ainsi que sur sa vision d’un droit à la fois technique et humain.
Elle partage également les parallèles qu’elle établit entre sa pratique sportive de haut niveau et l’exercice de l’activité de juriste.
PARCOURS & CHOIX DE L’INTERNATIONAL
Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’orienter vers le droit international ?
J’ai toujours été intéressée par les questions internationales, même si au départ c’était plus via l’actualité et les questions géopolitiques.
En troisième année de licence droit privé, j’ai décidé d’ajouter à mon parcours un diplôme universitaire de droit anglais, afin de garder une porte ouverte sur l’international.
Dans le monde dans lequel nous vivons, il est, selon moi, impossible d’ignorer les questions internationales.
J’ai aussi toujours apprécié le défi que représente la maîtrise du droit international, qui requiert une vision globale des systèmes juridiques qui nous entourent.
Pourquoi avoir choisi le droit international de la famille ?
Au-delà du défi juridique que représente le droit international, le droit international de la famille m’a principalement attiré pour sa dimension profondément humaine.
Dans cette matière, il est essentiel d’accompagner les familles internationales qui sont parfois confrontées à d’importantes difficultés.
Cependant, mon choix n’est pas encore définitivement arrêté sur l’unique exercice de la matière, mais je l’envisage dans ma future pratique professionnelle.
Qu’as-tu découvert lors de ton stage chez Libra Avocats ?
Mon stage au sein du cabinet Libra Avocats, a été ma première expérience en cabinet d’avocats et a fortiori en droit international de la famille.
J’ai eu l’opportunité de découvrir donc la pratique du métier d’avocat, articulée entre recherche et rédaction juridique, rendez-vous clients, interventions à la Cour et bien plus encore.
J’ai eu la chance de découvrir une approche centrée sur le conseil auprès des clients, limitant ainsi au maximum les difficultés rencontrées au contentieux.
J’ai aussi pu me confronter à la réalité du droit international privé, que ce soit sa complexité mais aussi la nécessité d’une approche globale des situations familiales internationales.
Pourquoi souhaites-tu aujourd’hui approfondir le droit des étrangers et l’immigration professionnelle ?
Au cours de mes études, j’ai eu la chance d’aborder une facette du droit des étrangers et de l’immigration professionnelle, à l’échelle du droit européen et du droit transfrontalier notamment avec la Suisse.
De par mon parcours et mon entourage, j’ai rencontré à plusieurs reprises les défis que représente l’immigration professionnelle.
De plus, le monde d’aujourd’hui encourage d’autant plus les déplacements des populations, que ce déplacement soit choisi ou non.
Enfin, le droit des étrangers et l’immigration professionnelle peuvent être associés à de nombreuses disciplines, comme le droit de la famille, le droit social, le droit fiscal, etc.
Je souhaite aujourd’hui découvrir la pratique juridique liées à l’ensemble de ces problématiques.
Qu’es-tu venue chercher comme expérience chez Lozen Avocats ?
Au sein de Lozen Avocats, je suis venue chercher une expérience pluridisciplinaire tournée vers l’international.
En effet, ce cabinet se démarque par ses différents pôles ainsi que son Desk Brésil.
J’étais à la recherche d’une première immersion au sein de la pratique du droit des étrangers et de l’immigration professionnelle.
Enfin, la présence du pôle droit international de la famille m’a particulièrement attirée pour poursuivre ma formation dans ce domaine.
DROIT INTERNATIONAL DE LA FAMILLE : ENJEUX ET COMPLEXITE
Selon toi, quelles sont les principales difficultés rencontrées par les familles internationales ?
La première me venant en tête est la complexité de leur situation, notamment au niveau juridique au vu des questions de compétence internationale, de loi applicable ainsi que de reconnaissance et d’exécution des décisions.
L’ensemble de ces problématiques représente une incertitude pesante pour les familles.
En cas de litiges dans un autre Etat, elles peuvent être confrontées à des difficultés matérielles et linguistiques, entrainant notamment des coûts supplémentaires de traduction et de déplacement.
Au-delà de ces frais, les pratiques et les usages diffèrent d’un pays à l’autre, pouvant créer de nombreux doutes pour ces familles.
Penses-tu que les justiciables mesurent les conséquences juridiques d’une mobilité internationale ?
Je ne pense pas que l’ensemble des justiciables réalise l’ampleur des conséquences juridiques d’une mobilité internationale.
En effet, en fonction des modalités et de l’Etat dans lequel celle-ci se fait, les conséquences peuvent être nombreuses notamment en matière familiale.
Pour cela, il est essentiel que ceux-ci se renseignent auprès de professionnels du droit.
As-tu été particulièrement marquée par certaines problématiques (résidence des enfants, compétence internationale, mobilité professionnelle…) ?
Au cours de mon stage en cabinet, j’ai été particulièrement marquée par plusieurs dossiers d’enlèvement international d’enfants.
Ce sont des situations dans lesquelles l’urgence se mêle au désarroi profond du parent qui se retrouve démuni.
Chaque décision doit être prise rapidement afin de rétablir au plus vite la situation familiale.
Qu’est-ce que le contexte international change dans la manière d’accompagner les familles ?
Tout d’abord, on peut se heurter à la barrière de la langue, qui peut compliquer les échanges.
S’ajoutent à cela des différences culturelles et juridiques pouvant causer certaines incompréhensions sur les réglementations, pratiques et usages français.
Selon leur situation, certaines familles peuvent saisir le juge dans plusieurs pays, ce qui rend les choix stratégiques d’autant plus sensible.
Dans ce contexte, l’importance de conseils avisés et de connexions avec des homologues étrangers jouent un rôle essentiel dans leur accompagnement.
LE DROIT PREVENTIF : ANTICIPER PLUTÔT QUE SUBIR
Selon toi, à quel moment un couple international devrait-il consulter un avocat ?
Un couple international peut avoir besoin de consulter un avocat avant chaque grande étape, que ce soit pour un PACS ou un mariage; mais aussi en cas de potentielle séparation, afin d’en connaître les tenants et aboutissements.
Dans l’hypothèse d’une séparation en cours, il peut notamment être utile d’avoir recours à un avocat afin d’encadrer la situation temporaire du couple et de la famille par le biais d’un pacte de famille.
Il est aussi nécessaire que ceux-ci consultent un avocat afin de préparer leur succession, qui peut s’avérer complexe au vu de leur situation.
Il est également recommandé de se faire accompagner d’un avocat lorsqu’un projet familial implique une adoption, ou encore un recours à la GPA à l’étranger, nécessitant notamment la reconnaissance du jugement établissant la filiation de l’enfant.
Enfin, dans l’hypothèse d’une mobilité du couple, il est recommandé que ceux-ci s’assurent auprès d’un avocat de la reconnaissance et de l’exécution des jugements ou actes notariés les concernant, comme leur mariage.
Quels risques observes-tu lorsque les questions juridiques ne sont pas anticipées ?
Lorsque les questions juridiques ne sont pas anticipées, les conséquences peuvent être importantes, surtout pour les familles internationales.
Sans accompagnement, certains couples prennent des décisions sans en mesurer leurs effets notamment en matière d’immigration ou de résidence des enfants.
Un conseil en amont permet d’éviter des erreurs difficiles à rattraper, comme une irrégularité en droit des étrangers, ou encore un enlèvement international d’enfant lorsque l’un des parents quitte le territoire avec son enfant sans connaître les règles applicables.
Quels conseils donnerais-tu à un couple binational qui envisage une installation en France ?
Je leur conseillerais de prendre un rendez-vous avec un avocat français spécialisé, afin d’envisager toutes les potentielles problématiques liées à leur arrivée et les accompagner dans leurs démarches.
Et à un parent qui envisage une séparation dans un contexte international ?
Tout d’abord, je leur conseillerais de ne pas se précipiter dans la limite du possible.
Avant d’effectuer tout changement important, il est essentiel de consulter un avocat afin de se renseigner sur les tenants et aboutissants de la séparation.
Dans la mesure du possible, je leur recommanderais de recourir à une médiation voire une thérapie familiale en cas de conflits, afin de rétablir si nécessaire une communication entre les parents et partir sur de meilleures bases.
Comment le droit peut-il sécuriser les parcours familiaux en amont d’un conflit ?
Tout d’abord, il est possible d’encadrer les relations patrimoniales notamment en choisissant le régime matrimonial et la loi applicable à celui-ci en amont.
Il permet aussi de pouvoir désamorcer un conflit en proposant des solutions alternatives comme la médiation.
DROIT DES ETRANGERS ET FAMILLE : UNE APPROCHE GLOBALE
Comment vois-tu l’articulation entre droit de la famille international et droit des étrangers ?
Selon moi, ces deux matières sont fortement liées.
Il est extrêmement courant que les familles internationales, au-delà des questions purement familiales se retrouvent confrontées à des problématiques de mobilité.
En quoi le statut administratif d’un parent peut-il impacter l’équilibre familial ?
Lorsqu’un parent se trouve dans une situation irrégulière, la famille vit souvent dans une incertitude et insécurité permanente : la peur du contrôle par les autorités, des difficultés à se projeter, l’impossibilité de voyager ensemble, de lourdes démarches administratives et juridiques, etc.
Dans certains cas, celle-ci peut aller jusqu’à entrainer une séparation forcée des familles.
Par exemple, si un parent est obligé de quitter le territoire ou ne peut revenir après un voyage, la famille se retrouve divisée malgré elle.
Ces situations sont extrêmement lourdes pour les familles, et notamment pour les enfants qui se voient parfois éloignés de l’un de leurs parents.
Pourquoi est-il important, selon toi, d’avoir une vision transversale de ces matières ?
Selon moi, avoir la double « casquette » droit de la famille internationale et droit des étrangers est un atout considérable dans l’accompagnement des familles internationales, permettant notamment de prévenir des problématiques futures.
L’ESCALADE ET LE DROIT : UNE METAPHORE ?

Tu as pratiqué l’escalade à haut niveau pendant tes études. Qu’est-ce que ce sport t’a appris ?
Tout d’abord, le sport m’a appris la discipline ainsi que la rigueur dans mon travail.
Dans les moments les plus difficiles, comme les blessures ou les échecs, il m’a aussi enseigné la résilience.
Grâce au sport à haut niveau, j’ai appris à m’organiser rapidement, dès le début du lycée afin d’optimiser mon temps pour pouvoir associer au mieux l’école, le sport et ma vie de lycéenne.
Retrouves-tu des parallèles entre l’escalade et le droit international ?
L’escalade est un sport qui se pratique aux quatre coins du monde.
Dans ma pratique, j’ai eu la chance de voyager en Europe, et rencontrer des grimpeurs de divers horizons.
L’escalade est un sport qui rassemble, formant une véritable communauté, au-delà des langues et des cultures.
Le droit international crée un cadre juridique commun, permettant notamment aux Etats parties de coopérer.
Ainsi, tout comme le droit international, l’escalade fédère et rassemble.
En escalade, on parle de “lecture de voie”. Existe-t-il, selon toi, une “lecture de dossier” en droit international ?
En escalade, avant d’essayer une voie ou un bloc, il est essentiel de le lire afin d’envisager la méthode la plus adaptée.
De façon comparable, en droit international, il est essentiel de voir le dossier dans son ensemble, afin de choisir quelle voie prendre.
Comment gères-tu l’incertitude ou la complexité, que ce soit en sport ou en droit ?
Face à la complexité, j’essaie de découper ma tâche ou ma problématique en plusieurs éléments afin de ne plus être face à un mur.
Pour l’incertitude, je n’ai pas de recette miracle.
Je me prépare autant que possible à ce qu’il m’attend, tout en restant ancrée dans le présent, parce que c’est la seule chose que je peux maîtriser.
TA VISION DU METIER
Quelle avocate as-tu envie de devenir ?
Je souhaite devenir une avocate avec une vision humaine et pluridisciplinaire, afin d’accompagner au mieux un public international.
Qu’est-ce qui fait, selon toi, la différence entre traiter un dossier et accompagner une famille ?
Contrairement au traitement de dossier, lorsqu’on accompagne une famille, il faut être à l’écoute de leurs attentes et de leurs inquiétudes.
Chaque situation familiale étant unique, leur accompagnement doit être personnalisé.
De plus, il est souvent nécessaire de proposer des alternatives au contentieux, afin de préserver au mieux les relations familiales et éviter d’ajouter un conflit à une situation déjà sensible.
Comment rendre le droit international plus accessible et moins anxiogène pour les clients ?
Selon moi, cela passe d’abord par une vulgarisation du droit sans le dénaturer, en expliquant au client clairement les notions et enjeux juridiques.
Détailler la marche à suivre étape par étape auprès des clients, les aide à comprendre le processus mais aussi les raisons qui justifient chaque étape.
L’utilisation de schémas, cartes mentales, frises peut également être utile pour aider le client à visualiser le déroulé de la procédure.
Pour en savoir plus, vous pouvez contacter directement Emily BUFFARD.

